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5 articles avec regions

Les mouvements populistes sont-ils une menace pour l'Europe ou, au contraire, une bonne nouvelle ?

Publié le par Alain Renaud

 

On assiste depuis un certain temps à l'émergence de mouvements populistes en Europe condamnés par la majorité de la classe politique et des médias.

Cette condamnation évite de se pencher sur leur cause. Elle généralise l'opprobre sans distinguer les mouvements des uns des autres, qu'il s'agisse de La Ligue du Nord, du mouvement de sécession de la Catalogne espagnole, d'Alternative fur Deutschland ou du Front national.

Que signifient ces mouvements ?

Est-ce, comme la plupart des médias et un grand nombre de politiques l'affirment, le retour du nationalisme, du fascisme ? Est-ce comparable à l'émergence des partis fascistes de l'entre-deux-guerres en Italie et en Allemagne qui conduisirent à un nouveau conflit mondial ?

Où bien, au contraire, ne sont-ils pas simplement une saine réaction de protection de sa différence face à une mondialisation, une globalisation et encore une américanisation qui uniformisent les peuples dans un "patchwork" hétéroclite ?

Une réaction d'autant plus forte en Europe que l'Union européenne n'a pas voulu prendre en compte l'existence des peuples européens et les composantes culturelles qui y sont associées.

Ce qui est, par ailleurs significatif, c'est que ces mouvements se manifestent aussi bien au niveau national ( France, Pays-Bas, Hongrie, etc.) que régional ( Catalogne, Pays basque, Ecosse, Italie, Flandre, Corse,  "Padanie", etc.).

Toutefois, si on y regarde de plus près, on constate que le point commun reste celui de peuples historiques, qu'ils se soient préalablement constitués en Etats, comme la Catalogne ou l'Ecosse, ou non, comme le Pays basque ou la Flandre ou qu'ils soient des Etats depuis des siècles comme la France ou la Hongrie.

Les mouvements migratoires en provenance essentiellement d'Afrique renforcent cette prise de conscience identitaire, ces peuples se sentant menacés dans leur existence même et dans leurs identités culturelles.

Si bien que là où la majorité des Etats européens, et l'Union européenne la première, considèrent le métissage des peuples comme une chance pour l'Europe, une partie de plus en plus importante des peuples d'Europe, regroupés en nations ou en régions, s'oppose radicalement à cette évolution.

Pourquoi, se demandent les Européens devraient-ils accepter un métissage de peuples essentiellement africains, alors que les Européens ont quasiment cessé leur présence en Afrique, qu'il s'agisse de l'Afrique du Nord ou de l'Afrique subsaharienne ?

Les Chinois, les Japonais, les Coréens, les Vietnamiens, les Arabes, les Africains et tant d'autres sont-ils dans l'erreur lorsqu'ils ne pratiquent pas de politique d'immigration en préservant leurs ethnies dominantes ?

Pourquoi un métissage d'un côté et pas de l'autre ? La colonisation était-elle une bonne chose ? Faut-il désormais la reprendre en l'inversant ?

L'Europe synthétise ainsi la problématique de la mondialisation qui voit certes l'Europe, mais non le monde, devenir un "village global", mais un village global qui regroupe sur un territoire devenu très petit, au niveau des moyens de transport et de communication, des cultures et des hommes aux ethnies, aux cultures, aux religions et aux traditions profondément différenciées.

Un village qui s'avère loin d'être pacifiste, où l'on peut s'entretuer d'un quartier à l'autre avec une rapidité stupéfiante.  

On peut certes penser qu'une mixité, qu'un métissage de tous les hommes, apporteraient la paix sur la terre, étant donné qu'il n'y aurait plus de différence de couleur de peau, de culture, de désir, de conception du monde.

Mais on peut également considérer que l'uniformité tue la diversité comme elle éradique, par conséquent, toute différence, dans ce qui deviendrait un véritable appauvrissement culturel et dans une sorte de totalitarisme universel.

Pourquoi aller en Afrique si on y rencontre la même population qu'en Europe ? Pourquoi aller à l'étranger si plus rien n'est différent de ce que je connais chez moi ? Pourquoi aller en Catalogne ou en Grèce s'il n'y a plus de Grecs ou de Catalans, mais la même population et la même culture que chez moi ?

Mais "chez moi", dans ce contexte, n'existe plus puisque tout se ressemble.

Le paradis sur terre ?

Ou l'enfer ?

En tout état de cause, l'émergence de ces mouvements populistes est une réalité et son existence est souvent la résultante du manque d'autonomie accordée à des populations et cultures minoritaires ou un manque de reconnaissance de populations autochtones, des populations indigènes. 

 Une absence de reconnaissance et de liberté qui poussent les peuples de ces nations culturelles, sinon politiques, à réclamer, en désespoir de cause, leur indépendance, à l'exemple de la Catalogne en Espagne ou de l'Ecosse.

Mais elle se manifeste aussi au niveau national, en réaction à la mondialisation ou à des organisations supranationales qui en sont partie prenante, telle l'UE, avec le désir d'accroître l'indépendance du pays et à protéger l'homogénéité de sa population et l'intégrité de sa culture, comme on peut l'observer dans des Etats déjà constitués comme la Hongrie, les Pays-Bas, la France, ou même désormais l'Allemagne.

Ces mouvements ont donc leur raison d'être.

Lorsqu'ils proviennent d'une région désireuse de devenir (ou de redevenir) un Etat, ils se proclament presque toujours européens, ayant trouvé dans l'UE un appui de poids. C'est le cas des indépendantistes catalans.

Mais lorsqu'ils sont le fait de partis nationaux, ils considèrent, au contraire, que l'Union européenne a affaibli l'identité et la culture de leurs pays et souhaitent soit la réformer de fond en comble soit la quitter.

On peut donc constater que les mouvements populistes sont divers et qu'ils ne recoupent pas la même réalité.

Ce qui paraît certain, c'est que les mouvements qui prônent l'indépendance des régions ou le retour à la seule dimension nationale ne prennent pas en compte la géopolitique mondiale et promettent un paradis qui n'existera pas. Vu des Etats-Unis ou de Chine, le fractionnement de l'Europe en confettis ou en pays isolés les uns des autres constituera un signe fort : celui d'un vieux continent incapable de s'affirmer, dont les pays n'auront plus qu'à choisir leur tuteur. Une situation pire que celle d'aujourd'hui où, au moins économiquement, l'UE pèse d'un poids non négligeable vis-à-vis des plus grands pays du monde.

S'ils veulent éviter cette situation mortifère, les Européens doivent choisir d'être rassemblés dans une vaste confédération démocratique qui leur permettra de rester eux-mêmes, de gérer leurs propres affaires tout en regroupant leurs forces au niveau de la défense, de l'économie et de la politique étrangère.

C'est cette Europe des nations et des peuples qui a un sens et qui s'imposera, si les peuples d'Europe en ont la volonté et le courage et s'ils veulent garder leur liberté.

 

 

 

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La France, est-ce toujours Paris ?

Publié le par Alain Renaud

Journal économique et financier

 

Acteurs de l'économie - La Tribune

 

Débats > Opinion

 

La France, est-ce toujours Paris ?

 

Par Alain Renaud  |   |  715  mots

 

 

La France reste encore aujourd'hui en Europe le seul pays important dont les forces politiques, économiques, culturelles et médiatiques restent concentrées en un seul endroit, Paris, c'est-à-dire l'Île-de-France. Pourtant 96% de la superficie de la France n'en fait pas partie, tout comme 81% de sa population et encore aujourd'hui 70% de son PIB. Alain Renaud, auteur de "La France, un destin" et consultant en géopolitique et géostratégie, livre une analyse critique du centralisme à la française…

 

 

La centralisation extrême de la France qui s'est réalisée au profit des petits rois de Francie - l'Île-de-France d'aujourd'hui - aux dépens des autres féodalités et des villes concurrentes de Paris, dont l'ancienne capitale de la France, Lyon, a atteint son paroxysme sous les règnes de Louis XIV, puis de la Révolution et de l'Empire.

Inspirée par l'antique modèle de l'Empire romain, elle a longtemps bénéficié à la France, lui permettant de l'emporter facilement sur des nations éclatées comme l'Allemagne ou l'Italie.

Mais une fois leur unité crée, nos voisins se sont bien gardés de centrer toute leur force sur un seul point de leur territoire. Ils ont conservé ce qui faisait leur attractivité économique et culturelle, des régions et des villes riches et puissantes, alors que la France ne cessait de renforcer le poids de Paris et attirait tous les talents vers la capitale. Au point d'assimiler progressivement Paris à la France.

Si la France est devenue rapidement Paris qui est restée fondamentalement la source unique du pouvoir, c'est qu'aucune autre ville, Lyon la première, n'a pu résister à cette domination.

Pourtant, on peut considérer qu'aujourd'hui, Paris et le désert français qu'avait décrit Jean-François Gravier dans son ouvrage de 1947, appartient au passé. Il n'y a plus de désert français. Mais l'essentiel du pouvoir, dans tous les domaines, reste à Paris.

 

Un modèle qui s'effrite

Heureusement, cet état de fait millénaire commence sérieusement à s'effriter.

Ce sont d'abord les migrations interrégionales qui voient fuir chaque année de Paris près de 100.000 habitants vers le sud et l'ouest de la France, quand ce n'est pas à l'étranger. Nombre d'entre eux sont de jeunes couples, et non plus seulement des retraités, optant pour un équilibre heureux entre vie professionnelle et qualité de l'environnement. Des ingénieurs, des cadres supérieurs, des chercheurs qui vont vivifier les grandes métropoles que sont désormais Lyon, Toulouse, Bordeaux ou Nantes.

Ce sont les moyens de communications et de transport, internet comme le TGV ou les vols low-cost, qui permettent à tous les Français, où qu'ils soient, d'accéder à l'information, à la culture, aux déplacements proches et lointains, sans pour autant être obligés de résider en bord de Seine.

Le retard des élites

Si l'environnement des Français a radicalement changé, la perception d'une grande partie de l'élite politique, économique, culturelle et médiatique n'en a pas encore pris la mesure.

Les grandes chaines télévisées ne parlent que des théâtres parisiens, les politiques que des projets du grand Paris, et les élites continuent imperturbablement de considérer ce qui n'est pas Paris dans un tout informe. Ils sont encore persuadés que tout centrer sur un seul endroit reste une force, que cette réalité totalement déséquilibrée est un bienfait pour notre pays, nonobstant leur passion constante pour l'égalité.

Ils vivent dans le passé. Ils restent figés dans une phraséologie qui reste celle du XIXe siècle.

Cette centralisation politique, mais aussi économique et culturelle, n'a été imitée par aucun pays européen significatif, qu'il s'agisse de l'Allemagne, de l'Italie, de l'Espagne et même la Grande-Bretagne ni même aucune grande nation émergente, qu'elles soient la Chine, l'Inde ou le Brésil.

Dans tous ces pays, la capitale se voit équilibrée par une ou plusieurs métropoles.

Les candidats à la présidentielle se réclament presque tous de Charles de Gaulle, mais ils se gardent bien de faire référence à son discours de Lyon du 24 mars 1968 où il proclamait sans ambages : "L'effort de centralisation ne s'impose plus désormais. Ce sont les activités régionales qui apparaissent comme les ressorts de la puissance économique de la France de demain".

Dépasser la décentralisation

C'est la régionalisation de la France, et non seulement, la décentralisation, qui lui permettra

seule de réaliser une révolution territoriale qui constitue un des changements clé de son

redressement et de sa démocratisation.

Elle ne viendra pas des politiques, mais de la transformation de la société civile qui s'opère

silencieusement sous nos yeux.

 

 

 

 

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Paris est-elle la France ?

Publié le par Alain Renaud

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Y a-t-il un peuple français ?

Publié le par Alain Renaud

S'il est un pays qui distingue ce qu'il est de son peuple, c'est bien la France.

 

Les Français sont-ils pour autant un peuple ?

 

Pour parler de la France d'aujourd'hui, il nous faut d'abord revenir à celle d'hier, et, seul un peu de réflexion historique nous permettra de répondre à cette question, a priori iconoclaste.

 

La France a été créée par les rois germaniques qui avaient envahi la Gaule, à la suite des conquérants romains. Auparavant, la France n'existait pas et chacun sait que nos ancêtres lointains ne sont pas des Français, mais des Celtes, que nos premiers envahisseurs romains ont appelé des Gaulois.

Tant et si bien que les Français n'ont pas toujours vécu sous ce nom. Et par conséquent, qu'ils existaient avant d'être Français.

 

L'ironie de l'histoire fait que ce sont les Germains, ceux que les Anglo-Saxons appellent encore « Germans », qui ont créé le nom d'un pays qui ne leur appartient plus !

L'État France fut donc une création de nos voisins et désormais amis allemands (les Allemands étant, comme chacun sait, une tribu germanique du sud). Progressivement ils le scindèrent avec leur propre royaume, réunion dont l'apothéose fut l'empire de Charlemagne.

Durant cette période, les Français n'existaient toujours pas. Ils étaient restés massivement les Gaulois qu'avaient conquis les Romains et les Germains qui s'étaient contentés de prendre le pouvoir en petit nombre.

 

Ce qui change la donne fut le partage, par les petits-fils de Charlemagne, de l'empire en 843, véritable date de création de la France. La division entre ces trois rois germaniques ne fut pas favorable à celui qui récupéra la partie ouest qui allait devenir la France. La zone centrale, la Lotharingie, qui s'étirait de la Hollande à Florence, revint rapidement au roi germanique qui possédait la fraction est de l'ex-empire, correspondant grosso modo à l'ouest de l'Allemagne actuelle.

 

Cette scission allait provoquer des siècles de guerre entre les descendants des rois germaniques de France et ceux d'Allemagne.

 

Mais le peuple qui occupe la partie ouest de cette nouvelle France ? Qui s'en soucie ? Est-il devenu pour autant germanique après être devenu romain. En rien. Il est resté principalement celte, c'est-à-dire gaulois.

A l'époque gauloise, l'immense majorité de la population était celte, à l'exception de quelques ethnies et cultures différenciées, tels les Basques, les Grecs de Marseille ou de Nice ou un certain nombre d'Ibères dans le Sud-Ouest et de Ligures sur la Cote d'Azur d'aujourd'hui.

 

Mais ce qui modifia peu à peu les choses fut les conquêtes progressives de la France sur les territoires incorporés à l'empire germanique. Ces conquêtes, au départ, ne firent que rattacher à la France des peuples qui avaient été incorporés de force à la Germanie, mais qui étaient en fait des Gaulois de culture latine. Ainsi en fut-il des Provençaux dans leur majorité, et plus encore des Bourguignons, des Francs-Comtois ou des Lorrains de langue française.

Là où les choses se compliquèrent, ce fut lorsque les rois de France, puis les révolutionnaires commencèrent à s'attaquer aux territoires dont les peuples étaient restés ou étaient devenus de langue et de culture germanique.

En effet, si l'Est de la France actuelle était occupé par des tribus gauloises au début de la conquête romaine, les Germains les remplacèrent peu à peu à partir du IIIe siècle. Si bien que les Alsaciens et une partie des Lorrains sont majoritairement germaniques depuis cette époque. À cette minorité, on peut rajouter les Flamands de France.

 

C'est ce qui fait que la France a connu, du moins jusqu'au XIXe siècle, une homogénéité de population qui, sans être aussi prépondérante qu'en Allemagne, est nettement supérieure à celle de l'Espagne ou de la Grande-Bretagne.

 

Le déclin démographique produit essentiellement par la saignée de la Première Guerre mondiale et les mouvements migratoires qui s'en sont suivis, en provenance d'Europe, mais surtout d'Afrique à partir de cette période ont remis progressivement en cause cette homogénéité et pose les problèmes que nous affrontons désormais.

 

Si on compare la France à l'Allemagne, on s'aperçoit que la rupture a été encore plus forte au sein de ce pays qui n'a connu aucune conquête étrangère sur le long terme, à l'exception de la présence militaire américaine qui a libéré les Allemands d'un totalitarisme monstrueux. Depuis cette époque, l'Allemagne est également confrontée à des problématiques très importantes d'intégration de populations non germaniques qui, comme dans la majorité des pays de l'Ouest européen, font débat.

 

La conquête de l'Alsace et, dans une moindre mesure, de la Lorraine a posé à la France un véritable défi qui a éclaté au grand jour lorsque l'Allemagne a voulu récupérer cette province germanique en 1870. Les Français, qui, contrairement aux Allemands, avaient inventé le «désir de vivre ensemble » par la voix de Renan opposée à celle de Fichte, ne pouvaient plus s'appuyer sur une langue, une histoire et une culture commune. Il leur fallait pouvoir intégrer des « non-Gaulois ».

 

Après tout, les rois de France avaient bien fait de même avec les Basques, les Corses ou les Flamands. Avec la Révolution, ils allèrent plus loin en décidant de gommer les particularités régionales et les langues qui y étaient attachées. Ainsi, on supprimait les différences, en particulier linguistiques, en se rapprochant de l'exemple allemand, sans en avoir l'homogénéité de population.

 

Devenait Français celui qui parle français. Cette francisation imposée n'a cessé depuis lors, bientôt concurrencée par l'anglicisation.

 

Dans cette optique, les Wallons et les Suisses romands devraient être Français et la Suisse ne pas exister, puisqu'elle est le symbole parfait d'un pays qui repose essentiellement sur trois peuples : les Allemands, les Français et les Italiens.

La domination par la langue comme par l'ethnie, se retrouve donc remise en cause par l'exemple suisse, qui, à lui tout seul, constitue un résumé parfait de ce que pourrait être l'Union européenne : une réunion de peuples présents sur leurs territoires depuis des siècles, unis par la lutte pour leur liberté, sans que, pour autant, l'un d'entre eux ait écrasé les autres, comme on a pu le voir en Espagne, en Grande-Bretagne et, dans une moindre mesure, en France.

Les Suisses reconnaissent l'identité de chacun de leur peuple, car tous se sont unis pour défendre leur « alliance entre égaux scellée par un serment », une alliance qui s'est faite contre l'oppresseur autrichien. Les cantons de langue, de culture, d'ethnie allemandes, françaises et italiennes se sont joints progressivement et volontairement à cette alliance. Ils auraient pu ne pas le faire et restés incorporés à l'Allemagne et à l'Italie morcelées à cette époque et à la France déjà unifiée.

 

Les Suisses romands et italiens sont-ils pour autant des Français et Italien ? Non, bien sûr, car même s'ils partagent avec eux leur origine ethnique, culturelle, linguistique et leur enfance historique ( ils ont été des Gaulois et des Germains ), ils s'en sont séparés volontairement pour se regrouper et s'unir dans une nouvelle nation dans laquelle ils ont établi une démocratie directe inégalée et un respect de l'identité de chacun.

 

 

Ainsi la France, fille de la Gaule, a, au cours de son histoire, incorporé des populations qui étaient germaniques, à l'exemple des Alsaciens, d'une partie des Lorrains et des Flamands, ou davantage marquées par leur latinité comme un certain nombre de Provençaux, d'Occitans, ou par leur germanité comme les Catalans, quand elles n'étaient pas totalement différenciées, à l'image des Basques, alors qu' elle à perdu cette petite minorité que sont les Romands suisses et les Wallons belges.

 

On peut donc dire, sans risquer de se tromper, que les Français sont bien un peuple comme le sont les Allemands, mais qu'ils partagent avec les Italiens, le fait d'avoir absorbé une très faible minorité de peuples non français, pour ne pas dire non gaulois, dans leurs composantes ethniques, culturelles et linguistiques. Une minorité qui les différencie des Espagnols, qui pour une part beaucoup plus importante de leur population, ne sont pas précisément Espagnols, c'est-à-dire Castillans ou Aragonais, puisqu'ils sont Catalans, Basques ou Galiciens.

 

Mais l'histoire a fait que, comme pour la Suisse, ces populations étrangères, ont choisi, ont voulu, dans leur très grande majorité être françaises et l'ont montré magistralement par leur sacrifice et leur fidélité sans faille à leur patrie d'adoption lors des conflits européens et mondiaux à laquelle la France a été confrontée depuis le début du XIXe siècle.

Quel peuple aime autant la France que les Alsaciens !

 

 

Alain Renaud, auteur de La France, un destin, ouvrage qui vient de paraître aux éditions l'Harmattan.    Vous trouverez dans ce livre un développement important de cette question majeure en ces temps d'incertitude, ainsi que bien d'autres thématiques radicalement différentes.

 

 

 

 

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La France est le pays d'une seule ville

Publié le par Alain Renaud

 

LE COURRIER DES MAIRES

 

 

Réforme de l'Etat 31/01/2017

« La France est le pays d’une seule ville »

par Nicolas Barriquand

 

 

 

Alain Renaud a enseigné la géostratégie et la géopolitique au sein de grandes écoles, dont HEC Paris ou l’EM Lyon. Dans son dernier ouvrage "La France, un destin", il dresse, entre autres sujets, un réquisitoire contre le centralisme français, « un facteur clef de faiblesse ». Et déplore une régionalisation manquée.

 

 

 

Courrierdesmaires.fr : Que signifie l’existence dans notre langue du mot « province » ?

Alain Renaud : Que la France est le pays d’une seule ville. C’est son grand problème. « Province » – un mot que je n’aime pas beaucoup – mixe dans un magma imprécis tout ce qui n’est pas Paris, qu’il s’agisse d’une très grande ville comme Lyon ou d’un tout petit village du fin fond des Cévennes.

 

Aujourd’hui, le mot « régions » tend à le remplacer…

Cela ne change rien ! C’est néanmoins plus sympathique, on évite de réduire tout ce qui n’est pas la capitale à une seule entité. Mais la question reste de savoir si l’Île-de-France est une région parmi les autres…

 

En quoi « l’hypercentralisation » affaiblit-elle la France ?

Avant de vous répondre, je dirais qu’elle a d’abord été un facteur de force pendant des siècles. Après la période gauloise, notre pays présente une particularité : l’Etat français, créé par les rois, précède la nation française. Quand il conquiert d’autres territoires, il s’oppose à des nations qui sont éclatées, comme l’Allemagne ou l’Italie. C’est ainsi qu’à la fin de l’empire de Charlemagne, la France a grignoté ce qu’on appelait la Lotharingie que l’Allemagne n’a pas pu défendre faute d’état fort.

 

Alors à partir de quand la centralisation devient-elle un handicap ?

Quand nos voisins ont également bâti des états forts. Aujourd’hui, ils ont tous adopté une structure sinon fédérale, du moins régionalisée : Allemagne, Espagne, Italie, Belgique et la Suisse avec son propre système. En Europe je n’ai trouvé que deux exemples de pays semblables à la France : le Danemark et la Grèce. Le plus frappant, c’est que notre organisation s’apparente à celle des pays les moins développés de la planète. Et je ne parle pas des pays émergents qui sont pour la plupart dans des systèmes fédéraux. Regardez le Brésil, l’Inde, la Chine… Ils comptent tous plusieurs grandes métropoles qui se concurrencent entre elles dans l’intérêt du dynamisme de leur pays.

 

L’hypercentralisation ne serait donc pas adaptée à la mondialisation ?

Elle n’est plus de ce monde. La France perd contre un certain nombre de pays car les politiques pensent qu’avoir tout centré sur un seul lieu est une facilité. C’est vrai quand il suffit de traverser la ville pour régler une affaire. Mais ce système ne permet de développer qu’un seul territoire. La centralisation est non seulement politique, mais aussi économique et culturelle.

 

Vous oubliez l’essor de métropoles comme Bordeaux, Nantes ou Lyon !

Effectivement ces villes se développent, parfois très rapidement, alors que Paris paraît ankylosé, figée dans son histoire. Toutefois les choses n’ont pas tellement changées depuis Jean-François Gravier [auteur en 1947 de Paris et le désert français]. Le désert n’existe plus mais l’essentiel du pouvoir reste à Paris. Dans la tête de beaucoup d’hommes politiques, la crainte de l’éclatement est toujours vivante.

 

En dehors de la Corse, les mouvements régionalistes sont pourtant moribonds…

Oui, mais c’est lié à l’Histoire. L’Etat français s’est créé parce Paris a gagné contre les autres féodalités. Aujourd’hui encore, nombre de dirigeants redoutent un retour de l’irrédentisme s’ils accordent trop de pouvoir aux régions. Cela m’amuse par exemple d’entendre les médias nationaux parler de « barons locaux ». Cette vision sous-entend que sans l’Etat français, tout ne serait qu’interminables querelles gauloises.

 

En citant l’Insee, vous soulignez que Paris perd chaque année 100 000 habitants. Cette dynamique démographique ne vous rend-elle pas optimiste ?

Sur le long terme, les migrations interrégionales vont rééquilibrer le territoire en faveur du Sud et de l’Ouest. Mais attention, il n’y a pas que Paris au nord. Le Nord Pas-de-Calais, la Lorraine, l’Alsace souffrent du phénomène de l’héliotropisme. Quoi qu’il en soit, l’époque où tous les Provinciaux qui avaient du talent montaient à la capitale semble révolue. Aujourd’hui, « on part s’installer en région ». Seuls certains domaines ne s’y prêtent pas, comme les médias. A l’exception d’Euronews à Lyon, qui n’est pas français, et d’Arte à Strasbourg, une exception spécifique, aucun média national n’est installé dans une grande ville qui n’est pas Paris. Problématique…

 

D’autres domaines ?

La politique bien sûr. C’est en partie logique pour la ville capitale. Mais dans un système qui serait plus démocratique, les représentants des régions, présidents d’exécutif ou sénateurs, devraient avoir un poids plus important à Paris sans avoir à y passer tout leur temps. Dans l’économie enfin, à quelques exceptions près comme la famille Mulliez dans le Nord ou Michelin à Clermont-Ferrand, toutes les grandes entreprises françaises se sont installées à Paris. Les nouvelles technologies pourraient changer la donne. Elles permettent une mobilité qui échappe à la centralisation. De plus en plus de personnes vivent dans plusieurs endroits, ce que Jean Viard appelle « la société de l’archipel ». Ce phénomène ne favorise pas la régionalisation – qui nécessite une volonté politique – mais il freine l’hypercentralisation.

 

Quel bilan faites-vous du passage de 22 à 13 régions ?

Celui d’un espoir déçu. Bien qu’on leur reconnaisse désormais un rôle économique, les régions sont à peine plus fortes, car elles n’ont pas de moyens. Auvergne Rhône-Alpes a un budget dix fois moins important que le Bade-Wurtemberg, en Allemagne. Bien sûr, les länder prennent en charge l’éducation, mais tout de même ! La régionalisation à 13 a certes corrigé des imperfections, comme la Normandie coupée en deux, mais elle a aussi créé des absurdités totales… La Bretagne n’a toujours pas Nantes et le Grand Est met les habitants d’Epernay avec ceux de Strasbourg. Cela n’a aucun sens ! Je plaide pour un rattachement de la Champagne à l’Ile-de-France.

 

Quelle régionalisation aurait vos faveurs ?

L’Etat devrait supprimer tous les fonctionnaires déconcentrés – y compris ceux des impôts – pour laisser la place aux régions. Dans certains pays, même la police est régionalisée, sans que cela fasse courir un risque de sécession…

 

 

Références

 

· La France, un destin, éd. l'Harmattan, 230 p.

Thèmes

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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