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La France et l'Europe peuvent-elles faire abstraction de leur passé ?

Publié le par Alain Renaud

 

 

 

 

 

 

La France d'aujourd'hui n'est pas celle d'hier ni celle de demain. Quoi de plus normal ? Sommes-nous ce que nous avons été et ce que nous serons ?

 

La vie est changement perpétuel et les hommes comme les nations n'échappent pas à cette loi inexorable. Nous sommes ce que nous sommes à un instant t, et à l'instant t + 1, nous sommes déjà différents.

"On ne se baigne jamais deux fois dans le même fleuve", dixit Héraclite.

 

 

Mais sommes-nous pour autant totalement autres ?

 

Pourtant le "deviens ce que tu es" de Frédéric Nietzche et "la nature ne fait pas de saut" de Gettfried Leibnitz semblent radicalement opposés à cette affirmation.

 

Et la France ? Est-elle, comme le prétendent nombres d'idéologues contemporains une pure abstraction, modifiable et évolutive à chaque instant, qui ne se rattache à aucun passé ?

Comme l'Union européenne, qui intègre "tout État européen qui respecte les valeurs visées à l’article 1bis du traité de Lisbonne", sans dire qui sont et qui ne sont pas les États européens, et qui peut par conséquent, un beau matin, décider que l'Azerbaïdjan est un pays européen, la France devient un État institutionnel, fonctionnaliste, technocratique, sans projet. Sans but parce que vivant au jour le jour, zappant continuellement.

 

Ses billets de banque sont désormais européens. Quel bonheur d'avoir pu partager notre destin, ne serait-ce que monétaire, avec nos frères européens. Mais quel malheur et quelle stupéfaction de voir que ces billets ne sont pas, en réalité, européens. Ils ne sont rien. Ils ne représentent rien. Ils sont vides. Ils ne sont que des instruments d'échange.

 

Là où les billets de la banque de France affichaient fièrement les "gloires" nationales, politiques comme Richelieu, scientifiques comme Pasteur, littéraires comme Victor-Hugo, les billets d'euros ne montrent que des ponts et des fenêtres d'époques imprécises. Tout un symbole. Le symbole du refus de sa continuité. Une rupture totale avec le passé. La volonté de scier un chêne pour essayer d'en reproduire un autre. Pas plus Périclès que Vinci, Cervantes que Copernic, Garibaldi que Mozart.

 

 

La France, peu à peu, sous l'influence de l'Union européenne, coupe le lien avec sa mémoire, en ignorant l'avertissement de Winston Churchill : " Un peuple qui oublie son passé se condamne à le revivre ".  

 

La crainte du nationalisme liée aux deux dernières Guerres mondiales, et en particulier à la seconde, est à l'origine de l'effacement de l'existence des peuples et des nations dans la "construction européenne".

 

En faisant des nations les responsables des guerres, les fondateurs de la Communauté économique européenne, l'ancêtre de l'Union européenne ont voulu construire un édifice radicalement neuf faisant abstraction du passé. Jean Monnet, le principal inventeur de l'Union européenne, n'a t-il pas écrit dans ses Mémoires : « Les nations souveraines du passé ne sont plus le cadre où peuvent se résoudre les problèmes du présent. Et la Communauté elle-même n’est qu’une étape vers les formes d’organisation du monde de demain ».

 

En conséquence, les problématiques qui seront résolues à l’échelle de l’Europe ne pourront l’être que temporairement, le temps de les décliner au niveau universel.

 

Et, par conséquent, que dire d'un pays comme la France ! Devrait-elle encore exister ? A-t-elle encore un sens ?

 

Ce qui transparaît de cette vision généreuse et idéaliste, c’est l’utopie des pacifistes et des mondialistes, qui, hélas, de par leur déconnexion du réel, favorisent trop souvent les conflits et les guerres qu’ils souhaitent précisément éviter, à l’image de Neville Chamberlain face à Adolf Hitler.

 

 

L'Europe, et encore moins la France, ne sauraient être une étape de l'unité du monde. L'unité des hommes ne peut se faire qu'en respectant leur identité et leur diversité.

 

Que l’Europe soit précisément, selon la belle et authentique devise de l’Union européenne

« unie dans la diversité » implique que la diversité continue d’exister. Et cette diversité ce sont les pays et les régions qui la composent, et donc les peuples qui y sont présents.

 

L'Europe n’est pas une invention du XXsiècle ! Elle existe depuis la nuit des temps, depuis son aube grecque. Elle ne peut se développer que si elle s'appuie sur ce qu'elle est et sur ce qu'elle a été jusqu'à ce jour.

 

Cette influence de l'Union européenne, et par capillarité des États-Unis, qui en ont été le principal instigateur et soutien après la Seconde Guerre mondiale dans le but de contre carré la progression du communisme, n'est pas sans conséquence sur l'évolution de la France, comme des autres pays européens.

 

La France, membre fondateur, a vu progressivement l'Union européenne à laquelle elle appartient, non pas s'harmoniser et se confondre avec son histoire et son identité, mais, au contraire, s'en éloigner chaque jour davantage, en rejetant son histoire, sa culture, en imposant peu à peu le modèle américain tant au niveau culturel que politique.

 

Un modèle qui passe par "le way of life", l'américanisation de la société, la progression inexorable de la langue anglaise, l'introduction de la notion d'immigration massive conforme à l'histoire spécifique des États-Unis, pays sans passé lointain, mais opposée à celle des pays d'Europe, sans oublier une incroyable tutelle militaire depuis 1945, jamais remise en cause, mais qui pourrait bien l'être prochainement par le biais du nouveau président américain.

 

 

La France, comme tous les pays d'Europe, ne saurait longtemps remplacer sa propre histoire par celle d'un autre pays. Les pays d'Europe de l'Est, comme la Russie elle-même, ont fini par se débarrasser d'une culture et une idéologie communiste et stalinienne qui n'était pas la leur.

 

La France a eu la chance de faire partie, après guerre, des pays dominés par une nation, qui, à son origine, bâtie à partir de rien, une fois les aborigènes indiens éliminés, a été fondée par des hommes épris de justice et de démocratie, les États-Unis.

Entre les États-Unis et l'URSS, la chance de la France a été sans l'ombre d'un doute les Etats-Unis.

 

On aurait pu penser, néanmoins, que des Européens, ayant compris sur le tard et à l'épreuve de leur malheur que les conflits entre eux devaient laisser place aux grandes périodes d'union et de luttes qu'ils avaient aussi connues au cours des âges, allaient se regrouper dans une vaste confédération laissant à chacun la liberté de régler ses propres affaires dont le premier objectif était d'assurer leur indépendance et donc leur défense par leurs propres moyens.

 

Plus de 70 ans plus tard, les pays européens dépendent toujours des États-Unis. Ils laissent les Américains payer les frais de leur défense en oubliant que se défendre soi-même est la première condition de la liberté.

Donald Trump, le nouveau président américain a raison de vouloir cesser cette dépendance. Alors que la Russie n'est plus depuis longtemps l'URSS, il est temps que la France retrouve sa liberté en bâtissant avec ses proches voisins une véritable armée européenne regroupant, sans les diluer, les armées nationales existantes.

Une armée européenne unie dans sa diversité. Une armée qui ne fera pas abstraction du passé des pays d'Europe.

 

La France et ses proches voisins européens pourront ainsi contribuer à la lutte contre le totalitarisme qui a pris la succession du nazisme et du stalinisme en se rapprochant étroitement de la Russie, ce grand pays européen injustement calomnié depuis la fin de l'URSS et en liaison avec les États-Unis, fille de l'Europe, pour autant qu'elle comprenne et accepte que la liberté d'action n'est pas réservée seulement à l'Amérique.

 

 

Alain Renaud, auteur de La France, un destin, ouvrage qui vient de paraître aux éditions l'Harmattan. Vous trouverez dans ce livre un développement important de cette question majeure en ces temps d'incertitude, ainsi que bien d'autres thématiques radicalement différentes.

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La France peut-elle succomber au fanatisme ?

Publié le par Alain RENAUD

 

 

 

La France a connu bien des régimes, mais jamais le nazisme, le fascisme ou le stalinisme. Dans son histoire contemporaine, après avoir échappé à deux idéologies totalitaires, le nazisme, puis le communisme, elle affronte désormais le totalitarisme religieux par le biais de l’islam radical.

L’Allemagne n’a pu éviter le nazisme, la Russie et les pays d’Europe de l’Est, le stalinisme. La France et l’Europe seront-elles vaincre l’islamisme radical ?

Le fanatisme propagé le plus souvent par des régimes totalitaires n’a, toutefois, pas épargné la France au cours de son histoire.

En remontant le fil du temps, l’intolérance, qui en est la forme la plus visible, s’est manifestée dès la conquête de la Gaule par les Romains, puisque, selon Plutarque, Jules César aurait “combattu trois millions d’ennemis, dont il en a tué un million, et fait autant de prisonniers”. Mais surtout, et, en dépit de l’avance de la civilisation romaine sur celle des Celtes gaulois, les Romains ont éradiqué totalement la culture gauloise, qu’il s’agisse de sa langue, de sa religion et de ses mœurs. Les Gaulois ont été priés de devenir des Romains, comme bien plus tard des Africains ont été francisés, germanisés ou anglicisés, sans parler des Indiens d’Amérique.

Les Germains qui finirent par détruire l’Empire romain et envahirent la Gaule ne furent guère plus bienveillants, mais ils ne parvinrent pas à imposer leur langue et leur culture. Ils prirent le pouvoir, instituèrent leur régime politique, ne se mélangèrent guère plus aux Gaulois que les Romains, selon Fustel de Coulanges, mais firent subir progressivement leur diktat, à partir de la petite Francie occidentale ( Île de France), à tous les autres peuples de France, pour la grande majorité Gaulois, et donc Celtes, à l’exception des Basques, des Alsaciens ou des Flamands. Cette domination se transforma bientôt en intolérance avec l’émergence d’une royauté divine et absolue.

Certes, la France échappa en grande partie au fanatisme de l’inquisition mise en place en Espagne après une éradication du christianisme par la conquête des musulmans berbères et arabes, mais néanmoins, l’absolutisme progressif des Capétiens alliés au clergé ne tolérera plus aucune contestation du pouvoir.

Voltaire, qui sera embastillé plusieurs fois sous la Régence, profitera d’un répit pour écrire depuis son refuge de Ferney, aux portes de Genève : « Craignons toujours les excès où conduit le fanatisme. Qu’on laisse ce monstre en liberté, qu’on cesse de couper ses griffes et de briser ses dents, que la raison si souvent persécutée se taise, on verra les mêmes horreurs qu’aux siècles passés, le germe subsiste : si vous ne l’étouffez pas, il couvrira la terre » ( Avis au public…, « Des suites de l’esprit de parti et de fanatisme », 1767. ). Il pensait, certes, au fanatisme religieux, aux monstruosités de la guerre de Trente Ans, mais aussi à l’intolérance d’un pouvoir devenu absolu dont il cherchera l’antithèse en Angleterre.


Ce pouvoir absolu resurgira sous le règne de Napoléon, avec les oppositions muselées de Chateaubriand et de Madame de Staël, mais on ne saurait comparer un pouvoir intolérant à un pouvoir fanatique à partir du moment où l’on veut faire la distinction nuancée entre dictature fanatique et dictature “éclairée”, comme le furent celles de Frédéric Ier qu’admirait Voltaire, de Catherine II ou de Napoléon. Le véritable fanatisme est porté par une idéologie et non seulement une dictature. C’est ce qui différencie Alexandre le Grand, Louis XIV ou Napoléon d’Hitler ou de Staline. 


Est-ce à dire que la France n’a jamais connu de régimes fanatiques ? Les Français ont gardé de leurs ancêtres gaulois le goût de l’indépendance et des querelles, qui, dans un certain sens, ne permettent pas aux gouvernements totalitaires de s’imposer trop longtemps. Toutefois, on peut considérer que la Terreur sous Robespierre et le régime de Vichy, par ses miliciens et sa collaboration progressive avec les nazis dans la chasse aux juifs, ont imposé par deux fois aux Français le fanatisme de gouvernements totalitaires. Deux régimes bien éloignés, mais qui, sous prétexte de destruction d’un ordre ancien nuisible, ont commis des massacres que rien ne pouvait justifier contre des innocents, des femmes, des enfants, qu’il s’agisse des Lyonnais, des Vendéens, des Nantais, pendant la Révolution ou des enfants juifs ou tziganes, d’Izieu ou d’ailleurs, sous le régime barbare de la botte nazie.

Ces situations se sont produites parce que les dirigeants politiques ne les avaient pas anticipées et parce qu’ils ne surent répondre à la force que par la faiblesse et l’aveuglement. Le doux Louis XVI paya l’autoritarisme absolu de Louis XIV. Hitler a pu, des années durant, affirmer sa puissance face à l’impunité dont il était l’objet de la part de la France et de la Grande-Bretagne, qui lui laissèrent remilitariser la Rhénanie en 1936 sans broncher.

Joseph Chamberlain n’avait de cesse de vouloir discuter et trouver un terrain d’entente avec lui, “entre gens d’honneur”, pour préserver la paix à tout prix, alors que Winston Churchill était alors traité de va-t-en-guerre lorsqu’en parlant du Premier ministre, il disait “qu’un conciliateur, c’est quelqu’un qui nourrit un crocodile en espérant qu’il sera le dernier à être mangé”.

Le jour où Chamberlain revint confiant de Munich et de l’accord de paix signé avec Hitler, Churchill ne mâcha pas ses mots en l’apostrophant par cette phrase prophétique : “ Vous avez eu à choisir entre la guerre et le déshonneur; vous avez choisi le déshonneur et vous aurez la guerre”.

Les responsables politiques français d’aujourd’hui ont mis beaucoup de temps à comprendre que l’Islam dit radical est un totalitarisme aussi dangereux que le nazisme, et ce d’autant plus que l’ennemi est à la fois hors de nos frontières et à l’intérieur. Dans leur conception d’un monde merveilleux globalisé, marchandisé, caractérisé, selon l’historien Fukuyama, par “la fin de l’histoire”, produite par l’implosion de l’Union soviétique, il n’était plus nécessaire de se défendre contre les fanatismes, y compris religieux.

Ils ont laissé les ennemis de la liberté et de la démocratie se propager aussi bien au Moyen-Orient et en Afrique qu’en France même et en Europe de l’Ouest.


Il est temps que les Français et les Européens se dressent à nouveau, comme Athéna sur sa lance, pour défendre leurs vies, leur liberté, leurs enfants et leur raison d’être, contre le retour des fanatiques.

Alain Renaud, auteur de La France, un destin , ouvrage qui vient de paraître aux éditions l’Harmattan, disponible dans toutes les meilleures librairies de France (L’Harmattan, Fnac, Cultura, espace Leclerc, Chapitre.com, Decitre, Le Furet, les librairies indépendantes, Amazon, etc. )

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