La France peut-elle succomber au fanatisme ?

Publié le par Alain RENAUD

 

 

 

La France a connu bien des régimes, mais jamais le nazisme, le fascisme ou le stalinisme. Dans son histoire contemporaine, après avoir échappé à deux idéologies totalitaires, le nazisme, puis le communisme, elle affronte désormais le totalitarisme religieux par le biais de l’islam radical.

L’Allemagne n’a pu éviter le nazisme, la Russie et les pays d’Europe de l’Est, le stalinisme. La France et l’Europe seront-elles vaincre l’islamisme radical ?

Le fanatisme propagé le plus souvent par des régimes totalitaires n’a, toutefois, pas épargné la France au cours de son histoire.

En remontant le fil du temps, l’intolérance, qui en est la forme la plus visible, s’est manifestée dès la conquête de la Gaule par les Romains, puisque, selon Plutarque, Jules César aurait “combattu trois millions d’ennemis, dont il en a tué un million, et fait autant de prisonniers”. Mais surtout, et, en dépit de l’avance de la civilisation romaine sur celle des Celtes gaulois, les Romains ont éradiqué totalement la culture gauloise, qu’il s’agisse de sa langue, de sa religion et de ses mœurs. Les Gaulois ont été priés de devenir des Romains, comme bien plus tard des Africains ont été francisés, germanisés ou anglicisés, sans parler des Indiens d’Amérique.

Les Germains qui finirent par détruire l’Empire romain et envahirent la Gaule ne furent guère plus bienveillants, mais ils ne parvinrent pas à imposer leur langue et leur culture. Ils prirent le pouvoir, instituèrent leur régime politique, ne se mélangèrent guère plus aux Gaulois que les Romains, selon Fustel de Coulanges, mais firent subir progressivement leur diktat, à partir de la petite Francie occidentale ( Île de France), à tous les autres peuples de France, pour la grande majorité Gaulois, et donc Celtes, à l’exception des Basques, des Alsaciens ou des Flamands. Cette domination se transforma bientôt en intolérance avec l’émergence d’une royauté divine et absolue.

Certes, la France échappa en grande partie au fanatisme de l’inquisition mise en place en Espagne après une éradication du christianisme par la conquête des musulmans berbères et arabes, mais néanmoins, l’absolutisme progressif des Capétiens alliés au clergé ne tolérera plus aucune contestation du pouvoir.

Voltaire, qui sera embastillé plusieurs fois sous la Régence, profitera d’un répit pour écrire depuis son refuge de Ferney, aux portes de Genève : « Craignons toujours les excès où conduit le fanatisme. Qu’on laisse ce monstre en liberté, qu’on cesse de couper ses griffes et de briser ses dents, que la raison si souvent persécutée se taise, on verra les mêmes horreurs qu’aux siècles passés, le germe subsiste : si vous ne l’étouffez pas, il couvrira la terre » ( Avis au public…, « Des suites de l’esprit de parti et de fanatisme », 1767. ). Il pensait, certes, au fanatisme religieux, aux monstruosités de la guerre de Trente Ans, mais aussi à l’intolérance d’un pouvoir devenu absolu dont il cherchera l’antithèse en Angleterre.


Ce pouvoir absolu resurgira sous le règne de Napoléon, avec les oppositions muselées de Chateaubriand et de Madame de Staël, mais on ne saurait comparer un pouvoir intolérant à un pouvoir fanatique à partir du moment où l’on veut faire la distinction nuancée entre dictature fanatique et dictature “éclairée”, comme le furent celles de Frédéric Ier qu’admirait Voltaire, de Catherine II ou de Napoléon. Le véritable fanatisme est porté par une idéologie et non seulement une dictature. C’est ce qui différencie Alexandre le Grand, Louis XIV ou Napoléon d’Hitler ou de Staline. 


Est-ce à dire que la France n’a jamais connu de régimes fanatiques ? Les Français ont gardé de leurs ancêtres gaulois le goût de l’indépendance et des querelles, qui, dans un certain sens, ne permettent pas aux gouvernements totalitaires de s’imposer trop longtemps. Toutefois, on peut considérer que la Terreur sous Robespierre et le régime de Vichy, par ses miliciens et sa collaboration progressive avec les nazis dans la chasse aux juifs, ont imposé par deux fois aux Français le fanatisme de gouvernements totalitaires. Deux régimes bien éloignés, mais qui, sous prétexte de destruction d’un ordre ancien nuisible, ont commis des massacres que rien ne pouvait justifier contre des innocents, des femmes, des enfants, qu’il s’agisse des Lyonnais, des Vendéens, des Nantais, pendant la Révolution ou des enfants juifs ou tziganes, d’Izieu ou d’ailleurs, sous le régime barbare de la botte nazie.

Ces situations se sont produites parce que les dirigeants politiques ne les avaient pas anticipées et parce qu’ils ne surent répondre à la force que par la faiblesse et l’aveuglement. Le doux Louis XVI paya l’autoritarisme absolu de Louis XIV. Hitler a pu, des années durant, affirmer sa puissance face à l’impunité dont il était l’objet de la part de la France et de la Grande-Bretagne, qui lui laissèrent remilitariser la Rhénanie en 1936 sans broncher.

Joseph Chamberlain n’avait de cesse de vouloir discuter et trouver un terrain d’entente avec lui, “entre gens d’honneur”, pour préserver la paix à tout prix, alors que Winston Churchill était alors traité de va-t-en-guerre lorsqu’en parlant du Premier ministre, il disait “qu’un conciliateur, c’est quelqu’un qui nourrit un crocodile en espérant qu’il sera le dernier à être mangé”.

Le jour où Chamberlain revint confiant de Munich et de l’accord de paix signé avec Hitler, Churchill ne mâcha pas ses mots en l’apostrophant par cette phrase prophétique : “ Vous avez eu à choisir entre la guerre et le déshonneur; vous avez choisi le déshonneur et vous aurez la guerre”.

Les responsables politiques français d’aujourd’hui ont mis beaucoup de temps à comprendre que l’Islam dit radical est un totalitarisme aussi dangereux que le nazisme, et ce d’autant plus que l’ennemi est à la fois hors de nos frontières et à l’intérieur. Dans leur conception d’un monde merveilleux globalisé, marchandisé, caractérisé, selon l’historien Fukuyama, par “la fin de l’histoire”, produite par l’implosion de l’Union soviétique, il n’était plus nécessaire de se défendre contre les fanatismes, y compris religieux.

Ils ont laissé les ennemis de la liberté et de la démocratie se propager aussi bien au Moyen-Orient et en Afrique qu’en France même et en Europe de l’Ouest.


Il est temps que les Français et les Européens se dressent à nouveau, comme Athéna sur sa lance, pour défendre leurs vies, leur liberté, leurs enfants et leur raison d’être, contre le retour des fanatiques.

Alain Renaud, auteur de La France, un destin , ouvrage qui vient de paraître aux éditions l’Harmattan, disponible dans toutes les meilleures librairies de France (L’Harmattan, Fnac, Cultura, espace Leclerc, Chapitre.com, Decitre, Le Furet, les librairies indépendantes, Amazon, etc. )

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